I apologize to those not fluent in French...
;-(
Vivre en symbiose avec sa guitare
Maestro et cofondateur de la formation musicale Akajou, Philippe Augustin est surtout connu comme le bassiste hors pair de Strings, le groupe qui, pendant 10 ans, a connu un succès fou. Musicien talentueux, ingénieur, informaticien, ancien professeur de mathématiques, Philippe a accepté d'accorder une entrevue au quotidien Le Nouvelliste.
Le Nouvelliste : Qui est Philippe Augustin ?
Philippe Augustin : Cette question est plutôt difficile à répondre. Il vaudrait mieux demander à ceux qui vivent avec moi pour avoir une réponse plus ou moins honnête. La mienne serait, de toute manière, subjective. Et puis, tu me connais trop bien pour penser que j'oserais dire du mal de ma personne... (rires)
L. N. : Ingénieur de formation, informaticien, comment es-tu arrivé à la musique ?
P. A. : La musique a été omniprésente dans ma vie. Je dois dire que j'ai grandi dans une famille de musiciens, dont mon grand-père, mes oncles et mon parrain. Ma mère et mon père étaient des mélomanes avertis. Il m'a donc semblé naturel de développer ce talent dès mon plus jeune âge. J'ai eu ma première guitare à onze ans, et c'est là que ma passion pour la musique a vraiment commencé. J'ai beaucoup aimé le caractère intime de la guitare. Je crois que ce doit être la même chose pour tous les autres instruments. J'avoue que j'en ai essayé plusieurs.
L. N. : Quel sont les artistes qui ont eu une influence sur ta musique ?
P. A. : Ils sont si nombreux et tellement d'horizons divers que j'hésite à commencer une liste qui risque d'être longue. Je peux par contre citer deux amis qui ont été les artisans privilégies de mon développement musical : Lesly Gaussaint et Philippe Carre. Ce qui est curieux, c'est qu'ils n'ont ni l'un ni l'autre choisi de faire carrière dans la musique;, pourtant ils sont du nombre des meilleurs. Je ne veux pas oublier un très vieil ami, Ralph Blanchard. Croyez-le ou non, il a été à l'origine de ma première prestation musicale en public à la chapelle des soeurs du Sacré-Coeur de Turgeau. C'est à cette occasion que j'ai touché à une basse pour la première fois, sur l'insistance de Ralpho. C'était en 1978.
L. N. : Quels ont été les meilleurs moments de ta carrière musicale ?
P. A. : Il y en a de nombreux. Je n'arrive toujours pas à oublier la performance de Strings au Chili. Il y a eu aussi un spectacle au Rex Théâtre en 1983. J'étais alors étudiant à la faculté des sciences. Ce fut mon premier grand succès avec mes camarades de promotion, Edouard Rho et René Jean-Jumeau. Avec Akajou, c'est toujours un grand moment. Nous nous entendons et comprenons parfaitement. Nous aimons aussi énormément ce que nous faisons. Notre musique nous permet vraiment de nous exprimer.
L. N. : Comment arrives-tu à concilier ta vie artistique, ta vie « professionnelle » et ta vie familiale ? P. A. : C'est presqu'une mission impossible. Répéter et jouer le soir, se lever tôt le matin pour aller travailler, ne pas avoir d'horaire fixe et très peu de temps à consacrer à moi et à la famille créent une pression énorme. Honnêtement, j'ai frôlé la catastrophe plusieurs fois. Dieu doit m'aimer beaucoup pour me tolérer autant, ma femme aussi...
L. N. : Tu dis souvent que toi et ta guitare, vous vivez en symbiose. Est-ce là ce qu'il y a de plus important dans ta vie ?
P. A. : Certainement pas! Mes enfants, ma femme , ma famille sont ce qui compte le plus dans ma vie. Cependant, il m'est plus facile de laisser transparaître mes émotions à travers les notes de ma guitare qu'avec des mots ou des expressions de tous les jours que n'importe qui peut utiliser comme bon lui semble, sans vraiment en prendre la dimension. Parfois, si l'on veut bien prendre le temps de m'écouter, on verra facilement que derrière les accords , il y a aussi des émotions que mon orgueil masculin arrive, fort heureusement pour moi, à cacher, en général.
L. N. : Vu la façon dont tu parles de ta famille, de ta femme et de tes enfants en particulier, il paraît étonnant que l'on ne te remarque jamais avec eux. Y-a-il une raison?
P. A. : C'est plutôt compliqué à expliquer... J'aurais bien aimé qu'ils soient là, de temps en temps, quand je joue, mais ils ont leur vie et je ne voudrais pas les impliquer un peu trop dans une vie d'artiste pleine d'inprévus et d'instabilité. C'est moi l'homme publique. Eux, ils ont droit à une vie familiale paisible, loin de la curiosité de la foule et des journalistes comme toi. (rires)
Honnêtement, j'aurais aimé que ma femme soit là à chacune de mes prestations. Je crois que je jouerais beaucoup mieux. Peut-être que je finirais par trouver la mélodie qu'il faut pour lui dire qu'après 22 ans de mariage, chacune de mes notes est pour elle...
L. N. : Si tu pouvais refaire ta vie, aurais-tu les mêmes options ?
P. A. : Je pense avoir bien vécu. J'ai fait pratiquement tout ce qui était en mon pouvoir. Mais si je devais refaire ma vie, je la reprendrais toute entière en y ajoutant l'art de gagner de l'argent, car c'est vraiment un art dans lequel je ne suis pas très brillant.
L. N. : As-tu des regrets ?
P. A. : Je n'ai pas de regrets. La vie étant faite de bons et de mauvais moments, il faut la vivre pleinement, même dans ce qu'elle a de plus amer. Par contre, j'ai une grande tristesse, celle de vivre la dégradation physique et morale de mon pays pour lequel j'ai fait beaucoup de sacrifices, et je ne suis pas le seul.
Nous pouvons faire mieux que cette bêtise persistante. Je suis très troublé par l'indifférence qu'on porte aux jeunes. Il n'existe aucune forme de relève ou de procédure de prise en charge des jeunes qui, bon gré mal gré, auront tôt ou tard la responsabilité de construire ce pays. Heureusement qu'il y a encore l'art, particulièrement la musique.
|